Chez Dame Chlodyne

Blog d'une passionnée d'enluminure médiévale et de calligraphie latine.

3/10/2010

Un outil du scribe oublié ...

Le Stylet


Tout le monde connait le mot stylo mais quel est son sens au moyen âge ?

Le style ou stylet désignait le nom d'un poinçon de fer ou d'os terminé par une lame plate et large. La pointe servait à écrire sur la cire des tablettes et la surface plate à effacer le tracé. On écrivait aussi avecdes stylets de bois ou d'argent.

Renseignons-nous un peu plus sur ce style (stilus en latin). Jean de Garlande, un auteur d'origine anglaise écrit au XIIIème siècle en France, le Dictionarius metricus (avec des mots rares souvent glosés en langues vernaculaires). Au chapitre 16, il est question d'un marchand, institor qui vend des couteaux et des stylets exposés devant lui.
Dans une des notes de son article, La première description des métiers de Paris : le Dictionarius de Jean de Garlande (vers 1220-1230), Frédérique Lachaud signale que ce genre de marchands pouvait correspondre à cette définition : « Chascun mercier vendant mercerie, qui tient estal ou qui met a terre ou tablette portant devant lui... ». Ainsi nous apprenons que les stylets peuvent se vendrent avec les cannivets et autres couteaux à pain et aussi des fourreaux.

Le stilus, nous dit A. Scheler dans sa Lexicographie, est un greffe (grafes), un poinçon pour écrire. Le stilarium est un étui à greffes, dit aussi greffier (grafier).

Voici quelques extraits en ancien français qui mentionnent le greffe :

"Les enfans qu'il avoit enseignié, l'ocidrent à grefes et à aleignes." (Nostris Grefe. Vitæ SS. Mss. ex Cod. 28. S. Vict. Paris. fol. 29. v°. col. 2. ubi de S. Felice).
Aleigne, alesne devenue alène : ce mot désigne d'abord un stylet puis vers 1200 un poinçon pour coudre le cuir employé par les cordonniers.
[à  noter dans Du Cange : stilus vel baculus studentis. ]

J'ai table, grefes et greffiers
Dont ge reçois de bons deniers,
De cez clercs de bones maailles.
Les Dits du mercier vers 1320.
Les uns se prennent à escrire
De greffes en tables de cire
Les autres suivent la coustume
De fourmer lettres a la plume
Et paignent dessus les peaux
Et de moutons et de veaux.
Poésie L'Orologe de la mort, vers 1376

Sur l'étui possible du stilus, on relèvera la citation de l'Inventaire de Charles V par Victor Gay dans son Glossaire archéologique :

"Un estuy ouvré de cuir fauve pendant à un laz à 2 petit boutons de perle et dans iceluy estuy a un petit greffe d'or tors." (vers 1380).

Sur la valeur des tablettes et d'un greffe, l'Argenterie de la Reine nous renseigne :

"A Jehan Bault, mercier, suivant la Cour, pour unes tablètes de bois blanc à escripre garnies de greffe, 5 s. t. " (vers 1455).


Ceci est pour ce qui concerne l'écriture.


Voyons maintenant ce que nous dit l'italien Cennino Cennini dans son Livre de l'art sur le style :

"Prends un style d'argent ou de laiton ou de n'importe quoi, pourvu que les pointes soient en argent fines comme il convient, polies et belles." Il était utilisé pour dessiner ou faire une esquisse sur un parchemin recouvert de poudre d'os et épousseté avec une patte de lièvre. Et plus loin : "Tu peux aussi, sans os, dessiner sur parchein, avec un style de plomb, c'est-à-dire fait de deux parties de plomb et d'une d'étain, bien battues au marteau."

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